La plante miraculeuse

Peganum harmala – la plante à mille et un secrets

 

J’avais l’habitude de la voir chaque jour et je croyais la connaitre. Mais, jusqu’à ce jour…, ce jour où un touriste m’interpella, dans un marché, pour que je lui raconte un peu plus sur elle, plus que les guides qu’il portait dans son sac.

En effet.

Quelles vertues aurait-elle cette herbe pour être séchée et suspendue en petit fagot sur la porte ou au milieu d’une parcelle de terrain cultivée dans le jardin de voisin, dans le berceau d’un enfant, dans la voiture des gens, dans des atelier, dans des boutique… ?

Une femme portant une petite casserole plein de fumée traverse le marché. Elle s’approche des vendeurs et tourne sa casserole sur les articles mis à la vente en chuchotant des mots. Les vendeurs lui tendent l’argent. Quel rapport a-t-il son encens avec le commerce ?

Les mamans se servent de cet encens lors que la rhume dérange leurs enfants. Chaque maison possède son réserve de cette herbe pour bruler si nécessaire. Est- ce une croyance ou la médecine traditionnelle ?

J’ai cherché…

Et voilà tout ce que j’ai pu trouver sur elle et l’ai décidé de les partager avec vous, mon lécteur, par cet article.

Portant plusieurs noms en ouzbek «Isiriq», «Adrasmon», «Adraspan», «Hazar-aspand», cette herbe est appellée par les botanistes «Peganum Harmala». Les français l’appellent également «Harmala» ou «la Rue de Syrie».

Elle pousse dans les steppes de l’Asie centrale, en Afrique du Nord, au Moyen Orient, au Caucase, en Mongolie, en Chine, en Europe de l’est et est apportée en Amérique et en Australie.

Dans l’histoire

Très connue depuis la nuit des temps, le livre sacré des zoroastriens «Avesto» décrit cette herbe comme un tranquilisant et purifiant. Ils l’ont utilisé pour soigner, pour les cérimonies d’enterrement, et aussi dans leurs temples.

Les légendes disent que, la recette de la boisson sacrée «Soma (Haoma)», l’élixir de la vie éternelle, connue aux tribus ariens contiendrait de cette herbe. Dans l’antique Messopotamie et Babillon appellait-on la Desse de la Lune «Isphand» et le harmala était utilisé pour divers rituels reservés à cette dernière. On croyait que harmala était l’herbe de la Desse.

Les traditions n’ont pas disparu. Les peuples de l’Asie Centrale, entre-autre les ouzbeks, croient toujours que ses branches protègent des mauvais oeils et son encens apporte la chance à la fois chassant les mauvais esprits. D’ou vient donc les fagots de harmala combinés avec quelques capsules du piment rouge accrochés sur les portes.

Dans le mysticisme

Les graines d’harmala sont utilisés également chez les derviches pour rentrer en trans (extase) lors d’exécution de leurs rituels mystiques. Alors que les chamans indiens en préparent une boisson spéciale qui stimule l’imagination et change la conscience leur permettant de diagnostiquer les maladies. Les gens, souvent, se font l’amulette de ses graines mis en miniscule sachet en tissu et la porte sur eux.

Lors de traitement en encens de harmala, médicinal ou mystique, les gens font de tel sorte que la fumé touche tout le corps. Ils font donc rentrer la fumé de bas de pantalon et font sortir de leurs cols.

Qu’en dit la médecine ?

Selon les sources historiques, les célébres médecins du monde antique et médieval ont fait appel à son aide.

Notamment, Pedanius Dioscoride (I s. av. J-C) a conseillé harmala lors de la privation de la vue.

Avicenne (980-1037) écrit, dans son « le Canon de la médecine », que l’huile d’harmala utilisé en pomade est efficace lors de la douleur dans les articulations et le sciatique. Et ainsi, il décrit ses autres vertus curatives.

Chez lez arabes harmala est utilisé comme un moyen d’avorter et vomitif, d’antiseptique aux coupures, dans la lutte contre le mal de dent, l’épilepsie, et les maladies mentales.

La médecine traditionnelle recourt toujours à ce moyen ancestrale pour soigner le rhumatisme, la rhume, la fièvre paludéenne, les neurasthénies, comme une somnifère, aux infections des voies urinaires et l’estomac, ainsi que l’applique lors de constipation et l’atonie de l’intestin. En outre, il est utilisé aux problèmes du cycle menstruel, à la stimulation de l’activité sexuelle et au détraquement des nerfs, surtout à la maladie de Parkinson, aux chutes des cheveux, aux hémorroïdes et pour le traitement des blessures.

Tout de même, il faut être prudent au surdosage de harmala qui peut appeller les problèmes de respiration, la nausée, la somnolence, l’hallucination, les crampes, la sialorrhée, l’augmentation de la pression artérielle

Une recette du bain de harmala curative et tranquilisant proposé sur internet :

Mettre une touffe d’harmala (100-150гр.) dans 5 litr de eau froide. Bouillir 10-15 minute. Laisser infuser pendant 2 heures. Filtrer l’infusion et ajouter au bain avec l’eau chaude (36-40 °). Prendre le bain une fois tous les 2 jours pendant 15-20 minutes.  La cure comprend 10 bains.

Cette procédure traite l’insomnie, retire la fatigue, aide des maux de tête et l’excitabilité nerveuse chez les enfants. Ainsi que les bains de harmala sont conseillés aux lésions cutanées et le rhumatisme.

Moskalev S.E (Москалев С. Э.) a décrit également, dans la revue «Science et Religion » (1996, N°2),  la téchnique de production d’un remède à base de harmala permettant à soigner « milles maladie ».

Description botanique et continue chimique de Paganum harmala

Membre de la famille des Zygophyllacées, le harmal est une plante vivace, de souche ligneuse, de 40 cm de haut. Les feuilles alternes vert glauque, sont divisées en lanières étroites. Elles émettent une odeur désagréable quand on les froisse. Les fleurs de 2 cm possèdent 5 pétales blanc-jaunâtre, 10 à 15 étamines à filets très élargis à la base. Les 5 sépales étroits sont persistants. Ils entourent une capsule sphérique à 3 loges contenant de nombreuses graines anguleuses noires.

Les graines renferment les acides organique, l’huile grasse, les stéroïdes, les protéines, 3 à 4% d’alcaloïdes psychotropes (harmine, harmol, harmaline…) Le harmal est donc classé comme stupéfiant depuis 2005.

Harmaline (C13H15ON2) – a l’effet anti-spasmodique sur les muscles à fibres lisses de l’organisme, excepté les muscles de l’utérus, calme le rythme cardiaque. Les doses moyens et plus sont toxique.

Harmine (C13H12ON2) – est tranquilisant (l’antidépresseur) et actif contre les stimulants de la tuberculose (Mycobacterium tuberculosis), est effectif au traitement de la paralyse agitante et la maladie de Parkinson;

Vasicine (peganine) (C11H15ON2) – est effectif à l’asthme, appliqué pour le traitement des maladies comme la névrite, les hémiparésies, ainsi qu’à titre du purgatif lors de constipations chroniques et l’atonie de l’intestin.

Le harmal est donc réputée d’arrêter la diarrhée, de purifier le sang et de guérir les maladies des articulations (rhumatismes). Des extraits de graines ont également une efficacité contre diverses cellules tumorales. Le harmal a une activité anti-bactérienne et anti-protozoaire, y compris une activité antibactérienne contre les bactéries résistantes aux médicaments.

Les graines réduites en poudre permettent de détruire le ténia (ver solitaire) et de traiter les fièvres récurrentes comme le paludisme. La racine est utilisée pour tuer les poux.

La plante est utilisée comme colorant. Un colorant rouge «rouge de Turquie» est obtenu à partir des graines en Asie occidentale pour teindre les tapis, la laine. Lorsque les graines sont extraites avec de l’eau, un colorant jaune fluorescent est obtenu. Si elles sont extraites avec de l’alcool, un colorant rouge est obtenu.

Dans la vie courante de l’Ouzbékistan

Toutes personnes voyageant en Ouzbékistan peut donc la voir sous divers formes vue que cette herbe est très présente dans la vie courante ouzbek.

Si vous avez l’occasion de passer par une maison traditionnelle, ou de dormir chez l’habitant, ou tout simplement pendant votre promenade dans un quartier, observez les portes, demandez comment ils utilisent le harmala. Vous le verrez de vos propres yeux.

Si vous voulez le voir en êtat nature, cette herbe pousse, en êtat sauvage, sur tous les plaines desertiques, notamment, sur la route entre Khiva et Boukhara. Si vous partez en destination de Nourata ou Yangui Gazagan votre route traversera, au peid des monts Nourata, une steppe valonnées à perte de vue. Ce genre de vallonnement appellé «qir» en ouzbek est entièrement couvert de verdures éphémères du printemps. Si vous faites une halte sur la route, surtout en avril, pour mieux fixer dans votre mémoire le tableau que la nature venait de faire sur ces plaines vous aurez toute la chance de la voir sous vos pieds. Helas, ce tableau infini, aux touches rouge de coquelicots sur un fond vert, réalisé sur une espace immence ne reste pas longtemps. Car, dès le premier mois de l’été, la nature se presse pour y étirer son tapis jaune qui donne à ces steppes un autre charme et une autre vie. Au mois d’octobre on ramasse le harmala et l’étale sur des comptoires dans les marchés.

Bientôt l’hiver. Il faut s’en procurer pour éviter la rhume.

Remerciements

Merci, d’abord, à M. Jean-Claude Joubert, professeur agréé des sciences naturelles. Comment aurais-je trouvé le nom français et les termes scientifiquement correctes sans ses aides? Je remercie, ensuite, toutes personnes qui ont écrit et publié des articles sur la plante Peganum Gamala.

 

Sources:

Internet,

Rangelands of the arid and semi-arid zones in Uzbekistan. G.Ginzburg, K.N Toderich, B.K Mardonov, M.M Mahmudov. CIRAD. 2003.